Rien que du bruit #22

Aujourd'hui : Halloween 🎃 ! Des dinos 🦖 ! Des fantômes 👻 ! Une nouvelle fantastiques ! Du rocknroll ! Frissons garantis !

Une civilisation industrielle préhumaine aurait-elle pu exister sur la Terre avant la nôtre?

2660 DinoStreet /FeatureImage (c) University of Rochester / illustration de Michael Osadciw

Une civilisation industrielle non-humaine peuplait-elle la terre plusieurs millions d’années avant nous ? Surtout, a-t-elle provoqué sa propre extinction en épuisant les ressources de la même manière que l’humanité semble sur le point de le faire aujourd’hui ? 

Non, ceci n’est pas de la SF, mais une hypothèse plausible (à défaut d’être probable), nous disent le climatologue Gavin Schmidt et l'astrophysicien Adam Frank dans une étude récente.

Le concept d’Anthropocène (en référence à une nouvelle période où l'activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui avaient prévalu jusque-là), s’il fait toujours l’objet d’âpres discussion entre spécialistes, a le mérite de mettre un nom sur les changements climatiques et géologiques qui découlent de notre consommation excessive de combustibles fossiles et la dégradation de l’environnement que nos activités engendrent.

Mais, disent les scientifiques, une telle activité destructrice pour la planète n’est pas tenable sur de longues périodes. De deux choses l’une : soit l’humanité se raisonne et régule son impact écologique, soit la nature elle-même prendra en quelque sorte les choses en main, et l’humanité disparaîtra peu ou prou de la surface de la Terre. L’Anthropocène ne serait finalement rien de plus qu’une légère anomalie, à peine détectable, dans le dossier géologique.

Des civilisations non-humaines, mais semblables à la nôtre, sont peut-être apparues plusieurs fois dans un lointain passé, mais si chacune d'elles, dans sa phase d’expansion, n’a duré que 300 ans, nous n’en aurions aucune trace aujourd’hui.

Sur le plancher des vaches, du moins. Le meilleur endroit pour trouver des preuves d’une éventuelle civilisation préhumaine pourrait bien se trouver… dans l’espace !

Si, par exemple, les dinosaures avaient construit des fusées interplanétaires, des traces de cette activité pourraient être préservées sur des orbites stables ou à la surface de corps célestes géologiquement inertes tels que la Lune, une hypothèse émise par l’astronome Jason Wright de la Pennsylvania State University.

Wright reconnaît que son travail prête le flan aux interprétations farfelues : “Eh, les gars, les astronomes disent que les Siluriens ont existé !”

De fait, nous n’avons pas de preuves tangibles pour étayer son hypothèse. Mais, comme il le dit lui même : “l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence”.

(Merci à Patrick Tanguay de m’avoir indiqué le lien vers cette étude via son infolettre : https://sentiers.media )

Vous vivez aux États-Unis, vous prévoyez d’y aller pour Halloween cette année ou l’année prochaine, pourquoi ne pas passer une nuit ou deux dans un hôtel fréquenté… par des créatures de l’au-delà? 👻🧟‍♀️🧟‍♂️

Quand on pense Halloween, on visualise aussitôt des hordes d’enfants déguisés engloutissant des montagnes de sucreries, mais la fête s’adresse aussi aux adultes, qui peuvent s’offrir des frissons à bon compte en passant une nuit ou deux dans une maison hantée. Aux États-Unis, les hébergements supposément fréquentés par des fantômes ne manquent pas, et le New York Times en a sélectionné cinq, à découvrir ici.

En fonction des “équipements”, les prix vont de $119 à… $835 tout de même ! 😨


"I'm sorry Dave, I'm afraid I can't do that"

Après les Siluriens, les Intelligences Artificielles : Story AI est un programme qui écrit tout seul une histoire ou un article à partir d’une quarantaine de mots que vous lui donnez.

Quilbot, de son côté, réécrit n’importe quel article en le paraphrasant. Ami plagiaires, ceci est pour vous. Oui, ça fait peur !

Le dernier à partir éteint Hal 9000 en sortant, hein ?


Et maintenant, une nouvelle fantastique de mon cru, rien que pour vous !

L’île des anamorphoses 

« Upward, behind the onstreaming it mooned. » — Borges — Tlön, Uqbar, Orbis Tertius

C’était un fort volume relié cuir dont la patine trahissait les années, sans aucune indication de date ni de lieu qui puisse en préciser l’âge ni l’origine. Seule certitude, l’ouvrage était rédigé en français, dans un style encyclopédique un peu terne. Sur le dos, les lettres A-D laissaient supposer l’existence d’autres tomes, trois ou quatre autres peut-être, D-L, L-R et R-Z, ou E-I, J-N, O-S et T-Z, là encore, rien ne permettait de l’affirmer précisément. Il s’agissait d’une sorte de dictionnaire encyclopédique de la littérature mondiale (tout au moins, les articles trahissaient-ils une certaine vision de cette littérature, un regard un peu daté, paternaliste, pourrait-on dire, bien dans l’esprit du temps de leur rédaction — un temps, rappelons-le, qu’on était bien en peine de situer), classant pêle-mêle auteurs, œuvres et courants, sans aucune autre hiérarchie que l’ordre alphabétique (ce qui en soi, n’est déjà pas si mal). Dans la bibliothèque, le recueil était en partie dissimulé derrière des volumes en apparence plus récents, atlas, récits de voyage illustrés, monographies de peintres, d’autres encore, c’est pourquoi il ne le remarqua pas tout de suite. 

Il était là depuis quelques jours, seul, isolé du monde, sur une île, venu ici pour écrire, sinon un roman, tout au moins une nouvelle, quelque chose enfin qu’il pourrait donner à son éditeur à qui il devait un livre et beaucoup d’argent. Seulement, il n’avait plus rien à dire. « Vide la bibliothèque, tu y trouveras ce que tu cherches », lui avait dit l’éditeur. Il avait préféré d’abord s’attaquer au bar. Maintenant affalé dans le seul fauteuil de la très grande pièce, une bouteille vide à la main, parfaitement ivre, il fixait sans la voir la lourde armoire qui occupait tout un mur. La lumière déclinait et la pénombre gagnait sur lui, mais il ne bougea pas. Il repensait aux paroles de son éditeur. Il se moquait bien des textes des autres. Il ne voulait ni les lire ni leur voler leurs idées. De toute façon, il ne savait écrire que sur lui-même, seulement, il l’avait fait et il n’avait pour l’instant plus rien à ajouter. Son futur restait à écrire, certes, mais cette tâche, pensait-il, ne lui incombait pas.

« Vide la bibliothèque », les mots tournaient dans sa tête, et comme il était saoul, sa tête tournant elle aussi, seulement dans un sens opposé, il fut bientôt pris de vertiges. Qu’avait-il voulu sous-entendre, à la fin, cet éditeur ? Et si ses mots étaient à prendre au sens strict, après tout ? La réponse à son problème se trouvait peut-être *derrière* les livres ; au-delà des apparences, en quelque sorte.

Il se leva. Comme il s’approchait du meuble dont il entendait vider méthodiquement les rayonnages, quelque chose cogna dans sa tête, quelque chose qui voulait sortir qui le fit se tordre de douleur. Les livres volaient dans la pièce pour aller s’écraser sur le tapis, rejoignant les bouteilles vides et les éclats de verre des flacons renversés. Il était pris comme d’une rage folle. Enfin, il le trouva. C’était un fort volume, on l’a dit, c’est pourquoi il ne put le sortir aussi bien qu’il l’aurait voulu pour le jeter derrière lui. Il s’arrêta sur son dos aux belles lettres dessinées à l’or fin et l’ouvrit au hasard. Il parcourut rapidement la biographie d’un auteur dont il n’avait jamais entendu parler, mais auquel étaient consacrées pas moins de 5 pages, suivi d’une bibliographie conséquente. Il passa quelques feuilles, lu encore, encore un inconnu. Plus loin, et c’était la même chose. Les noms, les titres, et jusqu’aux lieux cités avaient quelque chose de familier, mais qu’il n’arrivait pas à situer. Ils étaient comme venus d’un monde parallèle, ou du futur, pourquoi pas, pensa-t-il, mais d’un futur déjà passé qui expliquerait pourquoi le recueil semblait si vieux. Et si le dictionnaire avait été écrit dans un temps qui n’existait pas encore, il se dit qu’il y trouverait peut-être trace de lui. Il y lirait certainement les grandes lignes de sa vie à venir, il prendrait connaissance d’une œuvre qu’il n’aurait alors plus qu’à écrire. La biographie serait succincte, mais il aurait des bases. Et même, il pourrait l’arranger, gommer les épreuves, accentuer les succès. Il se prit à rêver qu’il pouvait écrire sa vie comme s’il s’agissait de celle d’un autre. Il ne dirait plus « je », il dirait lui en parlant de lui. Sa vie deviendrait fiction. Seulement, la fiction serait vraie, par la seule force de sa plume. Chaque mot ouvrirait une porte, chaque porte donnerait sur un paysage nouveau, un monde inconnu et sauvage apparaitrait sous l’encre de son stylo, qu’il lui appartiendrait ensuite de modeler à sa guise. Il était sauvé, il allait finalement l’écrire, ce texte que réclamait son éditeur. Il lui suffisait d’aller jusqu’à son nom et de lire. Son nom… Pierre Durtal. Il frissonna. Le volume qu’il avait en main allait, certes, jusqu’à la lettre D, et l’on pouvait supposer que le second tome commençait à la lettre E, mais on pouvait tout aussi bien imaginer un autre découpage, s’arrêtant à DES à la fin du premier livre, le second reprenant à DET. Seulement, les autres tomes, il ne les avait pas, si tant est qu’ils existent. Que faire, si d’aventure son nom n’apparaissait pas dans celui-ci ? Il avait commencé de rêver pourtant, cette vie, sa vie, il l’avait vue passer, bien trop vite pour en cerner les détails, mais enfin, il pourrait la retrouver, s’il se concentrait suffisamment. Demain, sans doute, après s’être reposé, il pourrait y arriver sans trop de difficultés. Une pensée le traversa : pourquoi alors ne pas reposer l’ouvrage ? Ne pas savoir était peut-être la meilleure des solutions. Son livre, il lui semblait déjà le tenir, ne risquait-il pas maintenant de tout perdre ? Il hésita un instant, puis continua de tourner les pages. DE, DI, DO, DU… Durtal, Pierre. La notice était courte, bien trop courte. Quelques lignes à peine. Il y était fait mention de son premier livre, on évoquait un succès d’estime, et puis plus rien : quelques mois plus tard, alors qu’il s’était retiré pour travailler à un nouveau roman, il disparut sans qu’on ne retrouve jamais sa trace.

Le livre tomba au sol, il avait glissé de mes mains. La chose qui tout à l’heure voulait sortir de ma tête s’était échappée, elle me regardait fixement, le visage déformé par un rictus mauvais. Je fis quelques pas en arrière, titubant. Je tombais sur du verre et me coupais en me relevant. La chose avait disparu par la fenêtre ouverte. Je la suivis. La nuit m’appelait.


Depuis 2018, je dirige la collection publie.rock des éditions publie.net. Alors, pour cerner l'essence et le devenir de cette collection, je vous ai concocté un petit manifeste rock, que voici, pour ceux qui ne l’auraient pas déjà lu :

Pour vous parler de rock au moment d’Halloween, quoi de mieux qu’un gif d’Alice Cooper ?

2' 35" pour un manifeste rock

« Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée. » — Rimbaud

Qu’est-ce que le rock  ? Le rock, fondamentalement, c’est l’enfance privée d’innocence. Un regard de garnements sur un monde d’adultes fait de faux-semblants et d’hypocrisie. « L’insulte aux nantis d’une poignée de beaux gosses blancs aimant la musique noire », disait Yves Adrien.

Awopbopaloobop alopbamboom ! 

Basse, guitare, batterie : la Sainte Trinité, une explosion, la vie qui dévie soudain à cause de la musique ; la sortie de route qui vous conduit sur le wild side, le chemin de traverse, la grand-route. L’appel du large, irrésistible.
La vie marquée au fer rouge du rockandroll, les pulsions adolescentes si fortes qu’elles ne vous quittent plus ; des pulsions qui s’incarnent bientôt en un idéal qui vous transcende  ; c’est la prise de conscience que le monde qu’on cherche à nous vendre n’est pas le bon. « La vraie vie est ailleurs » : Rimbaud est rock, certainement.

Si le rock est une explosion incandescente, comme la lave il finit par refroidir et se figer. Le rock devient roc, un monolithe impressionnant et sans danger. Ou plutôt, qui présente justement le risque de l’idolâtrie. C’est pourquoi l’écriture rock, si une telle chose existe, et, quel que soit son sujet, doit puiser à la source, revenir à l’origine du monde, la pulsion première, primaire, l’énergie brute des débuts.

Awopbopaloobop alopbamboom ! Be-bop-a-lula she’s my baby doll, my baby doll, my baby doll.

Il y a dans le rock quelque chose de tribal, une incandescence hypnotique, une forme de poésie primaire, mystique. Au commencement était la Parole et la parole s’est faite chair : le rock est d’abord une parole sexuée.
Alors, publie.rock, c’est l’appropriation du champ rock par la littérature  ?
En tout cas pas des hagiographies, mais des tranches de vie traversées par une pulsion électrique, marquées par une musique, une esthétique, tout en s’attachant à suivre le conseil d’Yves Adrien (encore lui) : « Se méfier. De la nostalgie qui frappe et gagne à tous les coups. Des légendes dont on cimente les cultes et religions. »

Et toujours tirer la langue à la société.

(oui, bon, je le trouve pas mal, mon manifeste !)

Vous avez écrit un texte qui vous semble correspondre à cette collection ? Contactez-nous ! Plus de détails en cliquant sur ce lien.

En bref :

  • Tiers Livre, le podcast : François Bon propose désormais en téléchargement depuis son site une série de podcasts, classés par catégories : les feuilletons rock, le livre et le numérique, les classiques, etc. Mais pour Halloween, quoi de mieux que d’écouter les intégrales Lovecraft et autres contes fantastiques ?👾

  • Je l’ai cité plus haut : Patrick Tanguay, véritable défricheur du net, en quête d’idées nouvelles, de signaux faibles et de nouvelles tendances, propose deux infolettres passionnantes, Sentiers (en anglais) à lire ici, qu’il anime seul, et Repères (en français), à lire là, réalisée avec l’Atelier 10. Les deux sont à mon sens indispensables.

    Robert Plant aussi a son podcast ! Dans chaque épisode, en une quinzaine de minutes, il revient sur la genèse d’une chanson, ancienne ou récente, balayant ainsi l’ensemble de sa carrière. C’est passionnant, comme chaque fois avec ce grand bonhomme.

    Vous ne savez plus quoi écouter ? Pitchfork a sélectionné pour vous les 200 meilleurs albums et les 200 meilleures chansons des années 2010 ! Un choix forcément partial, mais relativement hétéroclite et l’occasion de découvrir quelques pépites. La bonne idée, c’est, sous chaque chronique d’album, le lien vers un site de vente en ligne indépendant (Rough Trade) et deux sites de streaming (Apple Music et Tidal) qui permettent l’écoute en ligne.


Et c’est tout pour aujourd’hui ! Soyez raisonnables, n’abusez pas des friandises jeudi soir !