Rien que du bruit #32

Aujourd'hui : Laurent Queyssi, l'interview crossover !

Vous vous êtes toujours demandé ce qui se passait dans la tête d’un auteur ? Ne cherchez plus, vous êtes au bon endroit.

Une lettre sous une forme un peu différente aujourd’hui, entièrement consacrée à un échange épistolaire avec Laurent Queyssi. La première partie de notre discussion est à lire ici même, la deuxième chez Laurent, là, en vous inscrivant à sa newsletter, Seul à Zanzibar.

Vous saurez tout, et rien ne vous sera épargné : la santé mentale de l’écrivain, la drogue, le rock’n’roll, et des choses moins avouables : nos bureaux, nos routines de travail, nos influences ! 

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Laurent Queyssi est auteur, scénariste et traducteur. Dans ses romans, ses bandes dessinées ou ses nouvelles, il travaille la matière des mythes modernes à travers la littérature de genre. Il anime aussi le site Fahrenheit, consacré aux passionnés de livres. Récemment, il a écrit une passionnante biographie de Philip K. Dick, illustrée par Mauro Marchesi : Phil / une vie de Philip K. Dick (Éditions 21g), et traduit Périphériques de William Gibson (au Diable Vauvert).

Illustration : rare photo d’un de nos deux auteurs* à sa table de travail, libérant sa force mentale. Les idées lui viennent alors sous forme d’éclairs.
* pour des raisons de sécurité, et pour éviter tout conflit de voisinage, nous ne vous révélons pas son identité.

Laurent : Philippe, on ne se connaît pas. Enfin, si, mais virtuellement, seulement. Via internet. Je ne sais même plus comment on s’est découvert mutuellement, mais les gens qui ont les mêmes passions finissent toujours par se croiser sur le web. C’est ainsi. Si nous habitions plus près l’un de l’autre, nul doute que nous nous verrions. Mais ce n’est pas le cas. Nous ne savons de l’autre que ce que nous livrons sur le net et parfois par nos échanges épistolaires. Je n’ai donc jamais pu te demander de visu comment on devient libraire à Montpellier, alors je profite de cette occasion pour te poser la question.

Philippe : C’est vrai, on ne se connaît pas, IRL, pour parler comme il faut. Pourtant, j’ai l’impression de te connaître depuis longtemps. Depuis Neurotwistin’, en fait ! Je me souviens de la sortie de ce bouquin, et de m’être dit : Oh ! Oh ! Voilà quelqu’un qui a les mêmes obsessions que moi ! 

Twitter sans doute a dû nous mettre en relation. Je n’aime pas beaucoup les réseaux sociaux, mais celui-ci permet ça, mieux que les autres je trouve.

Pour répondre à ta question, pour devenir libraire à Montpellier, le mieux, c’est de commencer disquaire à Paris (et je ne plaisante qu’à moitié, j’en connais au moins un autre !).

Pour faire court, à 24 ans, je végétais en fac de lettres, et j’ai postulé pour un job d’été en librairie, dans une enseigne de biens culturels installée sur les Champs Élysée, aujourd’hui disparue. On m’a proposé un poste au rayon disque. L’été est passé, j’ai continué un an à bosser là le soir et les week-ends, et puis j’ai fini par lâcher mes études pour y travailler à plein-temps. De fil en aiguille, j’ai fini par arriver en librairie. J’ai bougé un peu, au fil des ouvertures de magasins : en région parisienne, puis Dunkerque, Strasbourg, et enfin Montpellier. Et puis là, après quelques années, j’ai eu envie d’aller voir comment ça se passait chez les indépendants, et j’ai quitté Virgin. Ce que je ne regrette pas, d’autant que cinq ans plus tard, ils mettaient la clé sous la porte.

À côté de ça, j’ai toujours écrit, mais j’ai mis longtemps à l’assumer. Je me contentais le plus souvent d’écrire sur les comics dans quelques fanzines (SWOF, SCARCE, si tu connais), et j’ai même un moment créé le mien. Très confidentiel, mais qui m’a permis d’être en contact avec des gens très bien qui tous aujourd’hui bossent dans le livre, éditeurs ou auteurs. Du coup, la question que j’ai envie de te poser, c’est : quel a été le déclic pour toi ? Quand t’es-tu dit : je vais écrire, et ma vie, ça sera ça ?

Laurent : Il n’y a jamais eu de déclic. Mais une lente glissade. Comme avec la drogue.

En réalité, j’ai toujours fantasmé sur ce métier d’écrivain. Dans le sens où ça me faisait rêver, mais c’était lointain, inaccessible. Gamin, je délirais sur le personnage du père de Marty, dans Retour vers le futur, qui reçoit les exemplaires d’auteur de son bouquin de SF à la fin du film. Ça se reliait avec mes lectures. Mais un écrivain comme je les concevais, ça n’existait qu’ailleurs, très loin. En Californie. Il n’y en avait pas dans mon entourage. Et donc, je n’ai jamais envisagé sérieusement de le devenir avant de l’être. Quand j’y réfléchis en essayant de retrouver le point de vue de ce gamin, je me dis même parfois que c’est dingue.

Comme toi, j’ai fait des études de lettres que j’ai interrompues en thèse, mais je ne suis pas devenu vendeur de disques ou libraires. Sans quoi, j’y serais sans doute encore. Je me suis retrouvé dans une bibliothèque, dans une petite ville. Je m’ennuyais ferme. Je sentais bien, pour ma santé mentale, que je ne devais pas rester là. Puis je suis devenu critique de bd à plein temps pendant deux ans. Quand la revue s’est arrêtée, je suis devenu pigiste et traducteur à plein temps et peu à peu, écrivain. Il n’y a pas donc eu de déclic ni de décision consciente, mais c’est devenu ma vie graduellement, comme si tout conspirait pour qu’il en soit ainsi. Peut-être que chacune de mes décisions m’a poussé vers là, je ne sais pas.

Un autre truc, aussi, c’est que quand je bossais pour la revue de bd, j’allais souvent rendre visite à des auteurs de bd et je leur enviais leurs conditions : seul chez soi, à bosser sur ces propres projets. Je me disais que je serais à l’aise, là-dedans. Et c’est le cas.

En ce moment, d’ailleurs, avec le confinement et tout ce télétravail, c’est rigolo : tous ceux qui me disaient autrefois « ouais, mais toi t’es chez toi, t’as du temps pour faire plein de trucs à la maison » se rendent compte de tout ce que cela implique. Et certains ne le supportent pas du tout.

Après, j’aurais sans doute pu devenir musicien, si je n’avais pas eu une vision totalement romantique et déconnectée de ce que doit être un groupe de rock. Mais je crois que je n’aurais pas supporté les tournées entassés dans un van. J’adore le studio et jouer avec le son, mais moins dormir par terre chez des gens que je ne connais pas. C’est pour ça que la vie plus casanière d’écrivain me va très bien.

Et tu me demandes si je connais Scarce. Mais j’ai grandi avec Scarce. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de sources d’infos sur les comics, surtout en France, et je lisais chaque numéro religieusement. Pas mal de rédacteurs de cette revue sont devenus de bons potes, d’ailleurs. C’était quoi, ta revue ?

Toi, tu écris aussi. Tu n’as jamais envisagé de le faire à plein temps ? Ça représente quoi dans ta vie ?

Scarce #7 : été 1984. Ma première publication ! Un article sur la série française Photonik. J’avais… 16 ans. La revue, alors toute jeune, existe encore aujourd’hui !

Philippe : Étrangement, j’ai toujours voulu être « écrivain ». C’est un truc que j’ai depuis tout petit, de manière très consciente. Mais je crois que j’ai complètement idéalisé le truc, et mis la barre si haut, qu’inconsciemment, je m’arrangeais pour ne pas y arriver. J’ai des dizaines de cahiers remplis de notes, de nouvelles, d’ébauches, de plans incroyablement compliqués dont je n’ai bien sûr jamais rien fait. J’ai voulu devenir libraire en pensant que ça ouvrirait des portes, mais j’ai vite réalisé que dans l’édition il y a un mur qui sépare l’éditorial du commercial, et ce mur est difficilement franchissable. C’est bien pour ça d’ailleurs qu’on parle des métiers du livre, au pluriel : auteurs, libraires, éditeurs, fournisseurs.

À côté de ça, comme toi j’écrivais des articles, et j’ai fait quelques piges de traduction (pour l’Écran Fantastique. Au début, ça n’était même pas payé, mais c’était sympa). Et j’ai lancé mon fanzine, qui s’appelait Splash Page, en 96. La parution était très épisodique, le tirage ne dépassait pas la vingtaine d’exemplaires. Alex Nikolavitch, Thierry Mornet, Jean-Marc Lainé, Francis Saint Martin ont collaboré, tu en connais certains, je crois.

À un moment, quand SEMIC a relancé Fantask, j’écrivais une rubrique sur l’histoire de la SF publiée en épisodes, et c’était comme un rêve de gosses qui se réalisait. Fantask, c’était quand même mythique à mes yeux. 

À cette époque, j’ai eu des occasions d’écrire des scénarios de BD, qui soit sont tombées à l’eau, soit j’ai laissé bêtement passer, par manque de confiance en moi. 

J’écrivais toujours, mais je bougeais beaucoup dans mon boulot qui me prenait énormément d’énergie (je m’étais spécialisé dans les ouvertures de magasins), j’ai eu des enfants, et je n’avais plus beaucoup de temps pour moi. Sans m’en rendre compte et sans vraiment me l’avouer, je m’étais résigné. Mais j’ai toujours continué à écrire. Je me levais tôt tous les dimanches par exemple, et je travaillais plusieurs heures sur des projets, mais bien sûr je m’y prenais extrêmement mal. Puis, il y a une quinzaine d’années, ma vie a pris un tour nouveau. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a demandé ce que je faisais dans la vie, et du tac au tac, j’ai dit libraire et écrivain. Forcément, elle a voulu lire ce que j’écrivais, et j’ai réalisé que je n’avais qu’une poignée de nouvelles à lui faire lire. Alors j’ai mis en place une routine de travail, et j’ai écrit un livre, puis un deuxième (les deux pas très bons, j’en ai peur), et je n’ai depuis jamais arrêté.

Tout laisser tomber pour me consacrer à l’écriture ? Je crois que c’est trop tard. Et j’aime vraiment le métier de libraire. Mon signe astrologique est balance, et c’est le drame de ma vie : toujours dans l’entre-deux ! Mais aujourd’hui, j’ai trouvé une sorte d’équilibre.

Toi, tu dis que tu as glissé dans l’écriture comme on tombe dans la drogue. Au-delà de la boutade, j’ai remarqué que c’est souvent comme ça, un peu par accident que ça arrive, pour beaucoup d’auteurs. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé libraire, aussi ! La vie est une succession d’opportunités, saisies ou ratées, qui nous conduisent sur des chemins inattendus.

Tu dis que tu aurais pu faire du rock. Tu joues donc d’un instrument ? Tu dis encore « J’adore le studio et jouer avec le son » : te sens-tu proche de gens comme Brian Wilson ou Kevin Shields, par exemple ? (Ou d’autres musiciens moins tourmentés : Brian Eno ou Neil Hannon).

Comment organises-tu tes journées de travail ? Est-ce que tu as des horaires fixes, par exemple ? Des rituels ? Est-ce que tu as besoin d’être seul pour écrire ? Miles (ton chien) est-il avec toi dans ces moments-là ? 😉


Quelques livres de Laurent : Phil, une vie de Philip K. Dick, Dessin : Mauro Marchesi, 21g, 2018 ; Neurotwistin’, Les Moutons électriques, 2004 ; Allison, Les Moutons électriques, 2016 ; Les Nombreuses vies de James Bond, Les Moutons électriques, 2007

Laurent : Tu cites les noms de Mornet, Lainé, Nikolavitch et Saint-Martin. Je les connais tous, en effet. Et certains très bien. Le monde dans lequel nous évoluons est tout petit.

Ce que tu dis sur le manque de temps est vrai, mais tu parles aussi de ne pas t’y être bien pris, d’être désorganisé. J’ai remarqué que je suis de plus en plus organisé à mesure que j’ai moins de temps. Je crois que je n’ai jamais autant travaillé que depuis que j’ai des enfants. Je m’y prenais vraiment mal avant. Et pour répondre à ta question, oui, j’ai des horaires fixes qui dépendent beaucoup des horaires extérieurs, notamment ceux des enfants. J’avais détaillé ça sur mon blog il y a quelques années (je me rappelle avoir écrit ce truc en vacances à l’île d’Oléron).

Mais évidemment, depuis, tout a changé. Je traduis beaucoup moins en quantité et je travaille beaucoup plus sur des projets personnels : un scénario de film et un roman l’année passée, une expérience VR et sans doute un autre roman cette année. Je travaille donc différemment, mais j’essaie de me tenir pas tant à des horaires, qu’à poser mon cul sur ma chaise et mes doigts sur le clavier. Et depuis le confinement, c’est bien plus difficile. J’écris ce texte un matin de semaine en faisant des mathématiques avec ma plus jeune fille. Les journées sont encore raccourcies, niveau boulot.

Mais je ne crois pas avoir de rituels (ou alors pas conscients). J’écris à peu près partout, toujours sur ordinateur (j’écris trop mal avec un stylo). Je n’ai pas forcément besoin d’être seul, même si certaines situations exigent d’être ultra-concentré. Quand je suis dans la zone, tout s’efface autour de toute façon. Mais ce n’est pas toujours évident de se projeter dans cet état de transe propice au travail.

Tu écris, donc, et tu fais de la photo. En plus de ton boulot de libraire. Tu dois être bien organisé, toi aussi. C’est quoi, ta routine ? Tu lis beaucoup pour le travail, j’imagine. Et puisque nous parlions de comics, c’est quoi ton panthéon ? Les trucs que tu relis toujours avec plaisir ? En comics et en littérature…

Tu co-diriges une revue aussi, La Piscine. D’où est venue l’idée ? De tes années fanzine ?

Niveau musique, je joue de plusieurs instruments, mais tous mal : Basse, guitare, batterie et j’ai commencé le saxo récemment. J’essaie de bosser un peu tous les jours, mais je ne progresse pas vite (quand je vois comment mon aînée progresse, elle). Mais je m’éclate, vraiment. J’ai commencé le saxo pour essayer de comprendre tous les grands jazzmen que j’écoute. Et j’ai vite compris que je n’atteindrai jamais un bon niveau.

C’est trop tard et l’improvisation à ce niveau requiert une dévotion à l’instrument que je ne pourrai pas me permettre. Ma priorité reste l’écriture.

Et oui, j’adore enregistrer des petites choses et je perds toute notion du temps quand je m’y mets. J’oublie de manger. Mais impossible de dire que je me sens proche de Kevin Shields ou Brian Wilson. Tu compares des génies avec une amibe. Aucune ambition là-dedans, juste du plaisir pur.

Le résultat n’a aucun intérêt, mais je m’amuse bien. C’est l’essentiel, non ?

Et Eno, j’écoute ses albums d’ambient quand j’ai besoin de me concentrer vraiment. Ça marche super.

Philippe : Je lis pas mal, mais tu sais, le problème c’est que je ne lis pas toujours selon mes envies, mais beaucoup pour être à jour de ce qui sort en librairie. Alors je butine aussi, et il y a des bouquins que je ne finis pas, ce qui pour moi avant était impossible. Mais depuis quelques années, j’essaie de lire « plaisir » plus que « nécessité ». Dans mon panthéon comics, au-dessus de tout, il y a Kirby et Eisner. Je crois qu’avec ces deux-là, on a deux sources majeures de la BD américaine, qui ont irrigué tout le reste. C’est un peu enfoncer des portes ouvertes (et pas complètement juste, par ailleurs) de dire que Kirby a (ré) inventé le comics et Eisner créé le Graphic Novel. Mais quand même, deux grands auteurs, et, je crois, deux belles personnes. Et puis les auteurs qui ont bercé mon enfance : Dennis O’Neil, Marc Wolfman pour les scénaristes, Neil Adams, Curt Swan pour les dessinateurs. Swan, en fait, je détestais quand j’étais ado, mais je l’ai ensuite redécouvert. Et son Superman est d’une élégance folle. Il y a Steve Ditko, bien sûr, incontournable. Barry Smith. J’ai toujours aimé Gene Colan, aussi. Frank Miller, jusqu’à Ronin. Côté français, Moebius/Giraud. Blueberry est une lecture marquante pour moi. Et la dichotomie entre Moebius et Giraud, et la manière dont, au fil des années, l’un déteint sur l’autre, et inversement, mais toujours à la marge, me fascine vraiment.

Dans les auteurs contemporains, il y a Paul Pope dont j’adore le trait, J. H. Williams III, et dans un style très différent, Chris Bacchalo. Au niveau des scénaristes, Grant Morrison m’a souvent bluffé, et je trouve que Warren Ellis a des idées souvent intéressantes, mais qu’il fait trop dans la facilité. Mais celui que je mets très au-dessus du lot, c’est Alan Moore. Peut-être aussi parce qu’il a gardé ce « sense of wonder » dont on a parlé ensemble, cet émerveillement enfantin ressenti enfant pour les comics, qu’il a su transposer dans des récits adultes. Tu sais, je suis souvent déçu par la BD, que je trouve parfois en deçà de son potentiel. J’accroche rarement sur une BD franco-belge. Peut-être que je ne lis pas les bons bouquins, je ne sais pas. J’ai rarement des claques en lisant une BD comme je peux en avoir à la lecture d’un roman. Mais ça n’est pas le cas avec Moore. Et il n’y a pas de comparaison possible, justement : son œuvre est unique, tellement maîtrisée que la comparer à autre chose n’a pas de sens. Elle existe en tant que telle, parfaite, et s’est sans doute pour ça aussi qu’il est si réticent aux adaptations cinématographiques de ses livres, au-delà du différend avec DC Comics sur Watchmen.

J’ai grandi en lisant du comics, ça se sent, j’imagine. Je cite peu d’auteurs franco-belges. Il y a Franquin, pourtant. Et Hergé, mais je ne relis plus les Tintin depuis longtemps. Ce sont plutôt des souvenirs d’enfance très forts.

Côté littérature, il y a Julien Gracq. Nabokov. Cormac McCarthy. Philip Roth. Manchette. Et puis des gens comme Jean-Philippe Toussaint, Jean-Paul Dubois, Jean Echenoz, Philippe Forrest, Michaël Ferrier, que je suis depuis longtemps. Philip K. Dick, que j’ai découvert tardivement, il y a une quinzaine d’années peut-être, m’a complètement retourné. Dick n’est pas un styliste, mais quelle puissance de feu ! J’adore ses nouvelles plus encore que ses romans. Michael Moorcock aussi. Je suis admiratif de sa façon d’aller d’un genre à l’autre. Pour moi, Gloriana ou Mother London sont deux très grands livres.

La revue La Piscine est née de la rencontre de ses quatre créateurs. Un moment un peu magique, un soir, autour d’une piscine. L’envie de créer une revue littéraire et graphique. Mais pas dans l’esprit fanzine, je n’y ai pas pensé alors. Mais de mon côté, sans doute que ça me ramenait un peu à ça. La revue est en suspens pour le moment, mais si l’aventure doit s’arrêter là, c’était une belle expérience. Nous avions dans l’idée de créer ensuite une maison d’édition, même. Souvent, je regrette que ça n’ait pas évolué en ce sens.

La photo est pour moi une autre façon de voir le monde, et ça nourrit, je crois, mon écriture. Mais l’écriture est ce dont je ne peux pas me passer. Je me lève tous les jours à 6 h, et j’écris au moins deux heures chaque matin. Parfois rien ne vient, parfois plusieurs jours d’affilés, mais je ne déroge pas pour autant : tant pis si je reste deux heures devant mon clavier. À un moment, ça se débloque. Et maintenant, mon corps est rodé à ça : au bout de 2 heures, je suis à sec. Je n’ai même pas à regarder ma montre : je sais qu’il est temps d’enfiler mon autre costume, et d’aller rejoindre la librairie. Deux heures, c’est très peu sur une journée, mais les heures s’additionnent et les textes s’accumulent. Évidemment, écrire un livre dans ses conditions, c’est très long. Parfois décourageant. Mais de toute façon, je ne sais pas faire sans ça.

Dans le texte de 2017 publié sur ton blog, tu parles de l’expérience en atelier, qui te permettait d’aller écrire dans un environnement créatif, et d’être en contact avec différents artistes avec qui tu pouvais échanger. Tu venais d’y renoncer, pour travailler seul chez toi dans ton bureau. Maintenant que tu as plus de recul, tu préfères quoi ? Quels sont les avantages et les inconvénients des deux systèmes ?

Tu dis pratiquer de temps en temps la méditation. Tu le fais toujours ? J’ai essayé quelques fois, juste avant de me mettre au travail, ces jours derniers, et si j’ai fait ça sans vraiment de structure ni méthode, j’en suis ressorti plus créatif. C’est pareil pour toi, ou ça agit uniquement sur le bien être ?

Enfin, ceux qui te suivent connaissent un peu tes goûts, mais je te retourne ta question : quels sont les auteurs qui t’ont marqué, que tu suis, ceux vers qui tu aimes revenir ?


Ci-dessus, mon bureau, ma « man cave », dont il sera question, ainsi que celle de M. Queyssi, dans la deuxième partie de cet entretien, à lire chez Laurent, ici, maintenant, tout de suite !

En mode panoramique, ça paraît immense, hein ? 😉