Rien que du bruit #38

Du sang et des larmes : la vie d'auteur ! 💻😭

“Kill your darlings, kill your darlings, even when it breaks your egocentric little scribbler’s heart, kill your darlings.”

Tue tes chéries, tue tes chéries, même si cela brise ton cœur de petit griffonneur égocentrique, tue tes chéries. — Stephen King


Kill your darlings. Ou pour le dire autrement :

Lorsque vous commencez un travail, tout le monde est avec vous dans votre studio — le passé, vos amis, vos ennemis, le monde de l’art et, par-dessus tout, vos propres idées — tous sont là. Mais, à mesure que vous avancez dans votre peinture, ils commencent à partir, les uns après les autres, et vous vous retrouvez complètement seul. Ensuite, si vous avez de la chance, vous aussi partez. —John Cage.


Kill your darlings. La formule fait mouche. La mettre en pratique, c’est un déchirement. 

Tuer mes chéries : reprendre une nouvelle fois le roman en chantier, biffer encore, éliminer certaines des choses dont je suis fier — des formules, des scènes, parfois des pages entières. Me mettre au service du récit. Me mettre à la place du lecteur. 

Alors que je reprends une nouvelle fois le roman qui m’occupe depuis… — je ne sais plus, deux ans ? — je pense à quelques auteurs pour m’accompagner en chemin. Les leçons apprises à la fréquentation de leurs livres. Viser haut. À quoi bon écrire, si ce n’est pour mettre le lecteur le cul par terre ?

J’ai adoré Nabokov. De lui, je crois avoir tout lu, ou presque. Lolita, Feu pâle, Ada, Pnine, ces livres m’accompagnent toujours. Je les ai scrutés, étudiés, disséqués. Dépecés, désossés : autopsiés. J’ai vénéré Nabokov, avant de le détester (je mens, bien sûr. Seulement comment écrire après lui, sinon en s’en détachant).

La ville imaginaire autour de laquelle tourne mon récit, je la voudrais Nabokovienne dans l’esprit. Je voudrais qu’elle soit pour le lecteur comme une délicate miniature prisonnière d’une boule de verre, une boule à neige, pourquoi pas, que l’on observe sous tous les angles, pendant de longues minutes, sans jamais l’épuiser. On pourrait la secouer dans tous les sens sans l’abîmer, au contraire : de la neige alors recouvrirait la ville, quelque chose de la magie de l’enfance surgirait. Je voudrais ma ville, mon livre, inépuisable.

Je n’ai jamais su jouer aux échecs et je n’aime pas les mots croisés. C’est sans doute pourquoi je ne serai jamais Nabokov. Mais à force de travail, peut-être arriverais-je à trouver — non pas ma voie — ma voix.

Vladimir Nabokov, dont un recueil d’essais et d’interviews vient de sortir chez Penguin : Think, Write, Speak: Uncollected Essays, Reviews, Interviews and Letters to the Editor. L’occasion d’une belle chronique de Patricia Lockwood, à lire ici (en anglais).


Kill your darlings. L’éditeur Gordon Lish s’en est chargé à la place de Raymond Carver, et l’a mis devant le fait accompli. Le procédé est odieux, le résultat pourtant souvent efficace, comme on peut le voir ci-dessus.

Le travail que je fais actuellement sur mon manuscrit est le fruit d’échanges fructueux avec une éditrice. Fort heureusement pour moi, si son apport est essentiel, elle n’est pas aussi directive, ni radicale, que Lish 😉.


Sans doute pas très confortable, cette chaise imaginée par le designer allemand au nom italien Luigi Colanis dans les années 60, et le casque n’est probablement pas prévu pour écouter une musique inspirante, mais je me plais à rêver avoir un dispositif similaire pour écrire, ces jours-ci.

Pour en savoir un peu plus sur cette chaise (et voir d’autres photos), je vous invite à visiter ce lien (en anglais).


📻Pour finir, je vous recommande deux podcasts :

1990. Le mur de Berlin vient de tomber. L'Union soviétique est au bord de l'effondrement. Le groupe allemand Scorpions sort une ballade, «Wind of Change», qui devient la bande son de la révolution pacifique qui balaie l'Europe de l’Est. Pour certains, c’est cette chanson qui a mis fin à la guerre froide, rien que ça.

Des décennies plus tard, l'écrivain new-yorkais Patrick Radden Keefe apprend d’une de ses sources que ça n’est pas le chanteur de Scorpions qui aurait écrit la chanson, mais… la C.I.A. ! Ou pas. C’est tout l’intérêt de ce podcast passionnant : ce prendre au jeu d’une théorie fumeuse, sans jamais perdre pied avec la réalité. L’occasion aussi d’évoquer 50 ans de magouilles en tous genres orchestrées par The Agency, parfois sans que les protagonistes en soient même conscients. Wind of change, une série en huit épisodes, qui s’écoute ou se télécharge ici (et c’est en anglais, I’m afraid)

Un autre podcast sympathique (et cette fois en français !), Crapules, qui revient à chaque épisode sur les arnaqueurs, menteurs, escrocs et autres voyous qui ont marqué l'histoire - à leur façon. J’ai bien aimé celui consacré à un évènement méconnu de la Beatlemania :

Au début de l’année 1964, alors que la Beatlemania contamine le monde entier, la presse argentine annonce que pour la première fois, les Beatles venaient en Amérique du Sud. Des millions de personnes attendent leur arrivée, certains ont même la chance d’avoir des places pour assister en direct à leur premier passage télé sur le continent. Le présentateur les annonce, et enfin ils arrivent sur scène, devant la foule en délire.

Ils sont tous les quatre là : Tom, Vic, Bill et Dave. Les Beatles. Enfin plutôt, les American Beetles.

Ça s’écoute ou se télécharge ici.


Et voilà pour aujourd’hui ! À bientôt mes amis 👋